Le syndrome de l’anecdote

Vous connaissez le syndrome de l’anecdote ? Non ? Normal, je viens de l’inventer. C’est une maladie dont je souffre et que je viens enfin d’identifier. De quoi s’agit-il ? Après une longue pause dans l’écriture de mon roman actuel, afin de participer à pas mal d’appels à textes, j’ai ressorti le manuscrit du tiroir. J’ai relu pour me remettre dans le bain, revu mes notes, bien, très bien, j’étais prêt à attaquer. Puis j’ai hésité. Pourquoi ?
Faites un truc pour moi : pensez à deux bouquins, un qui vous a plu, marqué, un autre dont vous vous souvenez à peine. Comment expliqueriez-vous cette différence d’intérêt ? Le style ? Les personnages ? Ces derniers ont évidemment une influence centrale, mais je réalise que ce qui peut avoir un véritable impact sur notre appréciation, c’est l’histoire et, surtout, son traitement. D’où vient une histoire au départ ? En général, d’une idée. Qu’elle soit originale ou non, ce qui compte, c’est la manière dont on l’utilise, la manière dont on va dérouler le récit à partir de cette base.
C’est ici qu’intervient le syndrome de l’anecdote. « Sympa, mais anecdotique ». C’est ce que l’un ou l’autre anthologiste m’a dit, une fois ou deux, à propos de l’une ou l’autre nouvelle que je lui avais soumise. Et c’était vrai, je le réalise avec le recul. Les textes en question n’étaient pas mal écrits, voire même assez bien (han, le frimeur), mais ils ne décollaient jamais vraiment, ils faisaient le taf comme on dit, mais sans plus, ils étaient anecdotiques. Vite lus, vite oubliés.
J’ai la sensation que mes deux derniers manuscrits ont été écrits sur ce « même modèle ». Attention, je ne dis pas qu’ils sont dépourvus de qualités (encore heureux), mais ils ne sont pas faits de ce matériau qui laisse un souvenir et je crois qu’entre autres raisons, c’est ce qui doit participer au fait qu’un éditeur n’a pas (encore ?) manifesté son intérêt jusqu’ici. Les histoires ne manquent pas de de bons personnages ou de rythme, elles manquent de rebondissements, de surprises et, dans une certaine mesure, d’originalité. Alors certes, il est pratiquement impossible d’avoir des idées que quelqu’un n’a pas déjà exploitées sous l’une ou l’autre forme et c’est notre manière de traiter les mêmes thèmes, avec notre propre voix, qui fait la différence. Et voilà l’un de mes problèmes en tant qu’auteur : j’ai un sens du traitement trop bancal. Ce que je pense être original ne l’est pas assez, l’impact qu’il provoque n’est pas suffisamment fort.
Je me souviens encore de l’époque de mes 15 ans (j’en ai 29) où, à la lecture d’un certain passage du second tome du Trône de Fer de George R.R. Martin, je suis resté abasourdi. Complètement. Je n’avais jamais découvert un tel retournement de situation dans tous les livres que j’avais pu lire jusque-là, un vrai coup de poing. Rien que le premier d’un bon paquet et si vous connaissez cette série, vous savez de quoi je parle. Et c’est génial, non ? Aussi bien pour l’auteur, qui parvient à laisser son empreinte, que pour le lecteur, dont la passivité blasée se trouve soudain secouée.
Mais comment atteindre un tel résultat ? Plus j’y pense, plus je me dis que c’est une ficelle qui se maîtrise en lisant davantage et de manière plus variée. La lecture apporte beaucoup à un auteur. Entre autres, elle lui fait découvrir des thèmes, des idées, auxquels il ne pensait pas et différentes manières de les exploiter, de quoi améliorer sa propre production. Je pense aussi que l’important est de prendre son temps pour construire son histoire. Que l’on soit du genre à l’écrire directement où à se servir d’un plan, il ne faut pas hésiter à penser et repenser ses idées, à les modeler, à trancher, voire même à les rejeter pour en trouver d’autres.
C’est pourquoi je ne vais pas reprendre directement l’écriture de mon roman. Certaines idées sont bonnes et je vais les garder telles quelles, mais d’autres ne me satisfont plus, parce qu’elles prennent une direction trop convenue. Je dirais même qu’à l’heure actuelle, la perspective de devoir écrire les passages qu’elles ont inspirés m’ennuie. Et franchement, ce job est déjà assez dur comme ça, alors si on peut réduire les moments pénibles, pourquoi s’en priver ?
« Plutôt deux fois qu’une », soit repenser plusieurs fois mes idées jusqu’à en être vraiment satisfait, tel est donc le mot d’ordre du moment. J’ai hâte de voir ce que ça va donner.

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Posted on juillet 1, 2015, in Actualité and tagged , , , , . Bookmark the permalink. Laisser un commentaire.

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