Les auteurs de SFFFH francophones ont du talent !

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Bonjour !

J’ai été invité à participer à un événement qui vise à promouvoir la littérature SFFFH francophone par le biais d’un extrait de texte, histoire de, peut-être, vous donner envie d’en savoir plus, chers lecteurs.
Sans plus attendre, voici donc un aperçu de ma nouvelle Au nom du Père, tirée du n°3 de la revue Étherval dont le thème est : la Mer.

La Mer. Un sage a dit un jour qu’elle incarne la neutralité, accordant séjour tant au juste qu’au mécréant. Et si un marin se montrera volontiers d’accord, il vous dira aussi qu’une cuillerée de miel est plus digeste qu’un tonneau de vinaigre. S’embarquer sans une petite prière ou quelques piécettes au temple de Nautal, et le Vieux Poisson pourrait s’en offusquer, déchaîner les flots et vous envoyer par le fond. Les dieux ne font pas de demi-mesure.
Même si je ne suis pas le plus dévot des hommes, la Mer m’a toujours porté chance.
Jusque-là.
Une demi-journée après le naufrage et je barbotais encore, agrippé à ma barrique comme une moule à son rocher. La tempête s’était levée avec une soudaineté irréelle et ne nous avait pas épargnés. Perdu, mon équipage, perdue, la cargaison, perdu, mon cher, très cher Coupe-jarret.
— Mais moi, tu ne m’auras pas, fichu bâtard à tête d’écaille.
Une promesse difficile à honorer lorsque l’on se trouve isolé dans un désert d’eau salée avec pour seule compagnie la folie qui vous guette et le soleil qui vous tanne le cuir.
— Une poignée, j’ai laissé toute une poignée de pièces à ton autel avant de lever l’ancre !
— Le Seigneur des Mers et des Océans n’a que faire de plus d’offrandes, petit homme.
Je me raidis, jetai un coup d’œil alentour. Rien, personne.
— Qui…
Un mouvement, là, près de ma main. Puis soudain je la vis. Son front émergea lentement et, pendant un instant, elle me fixa de ses prunelles violettes. Un regard d’une souveraine intensité. Suivit le reste de son visage, celui d’une femme à la chevelure brune et à la beauté parfaite. Seules les branchies à la base de son cou trahissaient son appartenance au monde aquatique.
— Que je sois pendu, balbutiai-je, partagé entre l’envie de me frotter les yeux et de hurler.
— J’apporte un message de mon père.
— Votre… père.
— Nautal, puisque c’est ainsi que vous le nommez.
J’avais l’esprit trop embrouillé, les membres trop endoloris, j’avais trop faim et trop soif pour lui expliquer que les dieux n’existaient pas vraiment, que tout ce salmigondis féerique n’était que mythes et traditions. Ou peut-être était-ce pour me rendre compte que je perdais la raison parce que je discutais avec une femme-poisson apparue sous mon nez.
— Sa fille, ma sœur Amnora, a été arrachée à notre domaine par un humain perfide. Le Seigneur des Mers et des Océans exige qu’elle lui soit rendue ou plus une seule embarcation ne voguera jamais en paix.
— Quel délicat euphémisme, ma chère, ironisai-je, avec une pensée pour mon bâtiment englouti.
Elle me regarda comme si je venais de la gifler.
— Comment ?
Bien sûr, on ne doit pas beaucoup plaisanter parmi les algues et les coraux.
— Oh, peu importe. Et cet humain, vous savez de qui il s’agit ?
— Bartholow, dit-elle avec une moue de dégoût.
Aussitôt, je grimaçai.
— Bartholow… le gouverneur Bartholow Derosane ?
— Je l’ignore. Amnora parle peu de ses foucades pour la surface, elle sait que Père les désapprouve.
— Bien, je propagerais cette nouvelle avec joie si je n’étais pas passagèrement naufragé et à moitié mort.
— Vérole, ce rebut me paraît familier ! Maître Hedsen, ai-je raison d’en croire mon œil ? s’agit-il là du capitaine Jon Sinclair qui marine et parlemente avec lui-même ?
Un regard par-dessus mon épaule m’apprit que je n’étais décidément plus seul.
— C’est bien lui, capitaine.
J’en revins à la sirène. Disparue. Qu’elle eût été réelle ou non, sa présence avait tant et si bien accaparé mon attention que je n’avais même pas remarqué l’approche du Rapace des Mers.
— Capitaine Lorvan, je vous salue bien, lançai-je.
Tout l’équipage se tenait au bastingage à m’observer. Fâcheux, mais je n’en étais pas à ma première humiliation.
Lorvan, grand loup vieillissant sous son chapeau à large bord, vêtu d’une redingote grise, se trouvait au milieu de ses hommes. De son crochet, il caressa la pointe de la balafre qui lui barrait la face, comme il le faisait souvent.
— Si ma mémoire ne me fait pas défaut, vous étiez pourvu d’un navire, aux dernières nouvelles.
Le Coupe-jarret a sombré corps et biens, grinçai-je. Vous conviendrez que les détails attendront que je sois monté à votre bord. Acceptez donc ce tonneau au nom de notre bonne entente. J’ai bien peur qu’il ne soit percé, mais je gage que vos hommes en trouveront le contenu, ou ce qu’il en reste, à leur goût.
— Soit. Sieurs, veuillez aider le capitaine Sinclair et son présent à embarquer.
Aussitôt, on me lança une corde que j’attachai au tonneau puis on me hissa jusqu’au pont.
— Vous avez toute ma gratitude, capitaine, grognai-je en essorant mes vêtements.
— Tout le plaisir est pour moi. Que l’on s’occupe de cette barrique. Sieur Hedsen, cap sur Port Libre. Capitaine Sinclair, venez dans ma cabine.
Que je dégoulinai à peine moins ne parut guère lui importer. Je le suivis donc d’un pas spongieux, répandant de l’eau de mer dans mon sillage.
— Je vous offre un siège ? dit Lorvan avec un vague signe de la main, une fois la porte franchie.
— Pas de refus, le remerciai-je en me laissant tomber sur une chaise.
— Je vous prêterais bien des vêtements, mais… fit-il, occupé à nous verser un verre de vin.
— Je me sécherai au soleil, répondis-je, comme si cela ne me gênait aucunement de rester tout imbibé.
Maudit soit mon cul de nain. Une fois de plus.
Lorvan s’assit et poussa devant moi une assiette garnie de fruits et d’un quartier de fromage.
— Merci.
J’attrapai une mangue, y mordis à pleines dents et me coupai une large tranche de fromage ; les bonnes manières sont pour les jours sans naufrage. Le capitaine du Rapace, lui, sirota patiemment son vin, le temps que je me ravigote quelque peu. Après quoi, il demanda :
— Alors, que vous est-il arrivé ?
L’éventualité de lui mentir me traversa l’esprit, mais je la repoussai. Angus Lorvan et moi n’étions pas réellement amis mais, en tant que marin expérimenté, je le respectais. Et puisqu’il me considérait comme un capitaine capable et non un nain de foire, le respect s’avérait mutuel. À moins qu’il ne m’aimât bien simplement parce qu’en tant que borgne-manchot-défiguré, lui et moi aurions pu élaborer notre propre spectacle.
— Nous voguions au large dans des conditions idéales. Puis cette tempête… cette tempête s’est levée subitement et nous a balayés. Elle n’avait rien d’ordinaire.
Évoquer le désastre m’apporta un flot d’images vives et cuisantes. Le violent roulis, le vent qui hurle, l’eau qui s’abat, les cris des hommes… Davy, Montacio, Gers, Willis… que de la racaille de forbans, des gibiers de potence, des pirates, mais de bons compagnons, des marins au pied sûr.
— Je me suis accroché à ce que j’ai pu jusqu’à ce que vous me trouviez.
— Hum.
Lorvan but une gorgée de vin, songeur. Cette histoire de tempête instantanée devait lui apparaître comme l’excuse piteuse d’un mauvais navigateur. La suite n’allait pas arranger les choses.
— Croyez-vous aux sirènes, capitaine ? demandai-je d’un ton neutre.
Il me dévisagea. Son œil de verre, fixe, lui donnait un air sinistre.
— Seulement quand j’ai avalé plus que mon content de rhum.
— Et si je vous disais que cette tourmente est le fait de Nautal lui-même et qu’une sirène m’a expliqué que ça durerait tant que le gouverneur Derosane détiendra l’une des leurs ? déclarai-je en me laissant aller contre le dossier de la chaise.
— Bougre, je dirais que vous avez avalé trop d’eau de mer et que le soleil vous a fait frire la cervelle !
Réaction attendue.
Il se leva pour prendre la carafe.
— D’un autre côté, cela m’évoque les récentes mésaventures du Fleuron de Khâris et de l’Affûteur.
Deux noms qui m’étaient sortis de l’esprit. Deux navires disparus en mer et dont un seul homme d’équipage avait été retrouvé vivant, mais complètement fou. Le pauvre hère avait déraisonné des jours durant et déambulé dans les rues de Cordo Curvelo avant que quelqu’un ne l’abatte d’une balle de pistolet. Probablement pas par pitié.
Encouragé par cette ouverture, je repris :
— Croyez-moi, j’aurais préféré qu’il s’agisse d’une illusion et que la tempête ne fût rien d’autre qu’un cauchemar.
Lorvan acquiesça, observa un moment le vin dans son verre, puis vida ce qu’il en restait avant de se resservir.
— Que proposez-vous de faire ?
J’ouvris la bouche, puis la refermai.
— En vérité, je ne m’étais pas vraiment figuré que je devais m’occuper de cette affaire.
Pourquoi l’aurais-je dû, en effet ? Après tout, le Vieux Poisson avait coulé mon bâtiment et tué mes hommes. Toutefois, je connaissais la réponse bien avant qu’Angus Lorvan ne me la donne.
— Les navires n’ont pas fini de sombrer si nous devons attendre que la Rapière comprenne ce qui se passe et somme le bon gouverneur de relâcher la créature. N’évoquons même pas les autres garants de la justice maritime, impuissants à son endroit.
— Peut-être pourrions-nous les avertir, proposai-je, sans la moindre conviction.
Lorvan secoua la tête.
— Vous savez aussi bien que moi qu’ils auront plus vite fait de nous passer les fers et de nous pendre que de nous prêter l’oreille. Non, je vous le dis, capitaine Sinclair, cette affaire est affaire d’hommes libres.
Il parlait toujours d’« hommes libres » comme si, pour lui, le mot « pirate » était frappé de la même infamie dans sa bouche que dans celle d’un quelconque citoyen honnête et droit.
Je soupirai.
— Alors, soit.
À mon tour, j’observai le liquide rouge, le fis lentement tourner dans mon verre, puis l’avalai.

Alors, ça vous a plu ? Je l’espère ! Vous découvrirez la suite de cette aventure dans la boutique d’Étherval où vous trouverez certainement une offre adaptée à votre envie.
Vous préférez la science-fiction ? L’horreur ? Le fantastique ? Qu’à cela ne tienne, jetez un coup d’oeil à la rubrique « publications » de ce blog et voyez ce qui vous accroche davantage…

Bonne lecture !

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Posted on novembre 2, 2014, in Actualité and tagged , , , , . Bookmark the permalink. 2 commentaires.

  1. J’adore cette histoire, ces personnages – tu tiens vraiment quelque chose pour un roman.

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