Méthode de travail

Aujourd’hui, inauguration de la rubrique « trucs et astuces » ! Si ça a tant tardé c’est parce que je ne m’estime pas encore suffisamment aguerri pour me permettre de balancer des conseils à tout bout de champ. En effet, j’ai peut-être réussi à publier quelques textes jusqu’ici, mais ça ne m’empêche pas de continuer de recevoir des refus de la part d’anthologistes et d’équipes de fanzines (tous nuls et jaloux). Quant au roman, j’attends encore, mais je doute quand même beaucoup que tous les éditeurs auquels je l’ai envoyé me disent « oui » sans exception. Tout ce que j’écrirai dans cette section concernera donc ma manière de faire et de voir les choses, en aucun cas une généralité à suivre absolument pour réussir. Et si ce que je dis peut vous être utile, alors tant mieux.
Je vais donc vous parler de ma méthode de travail concernant l’écriture d’un roman. Il n’y aurait pas grand chose à raconter au niveau des nouvelles puisque, grosso modo, je me contente d’avoir une idée et d’y réfléchir un peu pour savoir ce que je vais en faire.
À mes débuts, soit à l’époque fin d’enfance/adolescence où j’ai écrit mes quatre premiers romans, formateurs mais impubliables, une idée d’intrigue me venait, quelques personnages et c’était tout, je me lançais dans la rédaction sans savoir où tout cela allait me mener. Et franchement, le résultat n’était pas si mal pour un type de mon âge. Pas si mal, mais pas assez bien. Fort heureusement, depuis ce temps-là j’ai eu l’occasion d’évoluer. Mon vocabulaire s’est étendu, mon orthographe et ma grammaire se sont améliorées, mes personnages sont devenus plus épais, moins manichéens. Tout cela était bel et bon mais avec le temps, je me suis rendu compte que je n’étais plus capable de me lancer dans une histoire avec juste quelques éléments de base ; cette manière de faire était devenue trop chaotique pour moi et me conduisait souvent à un gros travail de réécriture ; travail qui pouvait sans doute être évité ou, en tout cas, réduit.
J’ai donc commencé à aborder l’écriture sous un angle guère exploré jusque-là, celui de la structure. Comme je l’ai appris, il existe deux grandes manières de construire un récit, scripturale et structurelle ou, comme le décrit George R.R. Martin avec une métaphore que j’aime bien, l’écrivain est soit jardinier, soit architecte. C’est-à-dire qu’il plante la graine du récit et la regarde pousser sans savoir précisément ce que ça va donner (jardinier, scriptural), ou bien il bâtit d’abord toute l’histoire à l’aide d’un plan avant de commencer la rédaction proprement dite (architecte, structurel). Cependant, il est rare qu’un auteur soit tout l’un ou tout l’autre comme j’ai moi-même pu le constater en entamant, à l’époque, une nouvelle histoire. Malgré mes belles résolutions, je me suis vite rendu compte que mon impatience à commencer directement l’écriture s’avérait tenace. J’avais beau me forcer à construire un tant soit peu un plan, un chapitrage, l’exercice finissait vite par m’ennuyer. Résultat, j’ai fait beaucoup de surplace et c’est l’une des raisons pour lesquelles ce récit n’a jamais été terminé.
La méthode était encore en mutation avec le roman suivant et c’est vraiment avec le dernier en date, celui que j’écris actuellement, que, je crois, elle a (enfin) trouvé sa forme définitive. Voilà comment ça se passe :

L’idée

C’est la base. Elle peut venir de n’importe où ou fusionner avec une autre. Quoi qu’il en soit, le résultat tient souvent sur un timbre poste. Du genre « un homme trouve une épée magique », « une fille se réveille sur une île ». Quand cette idée de base est bien implantée, que je l’ai examinée sous tous les angles, que j’ai décidé de la garder pour un récit, je passe à l’étape suivante.

Les grandes lignes

À partir de mon idée de base, ma réflexion s’étend. « D’où vient l’épée ? », « qui est cet homme ? », « qui vit sur cette île ? », « comment la fille est-elle arrivée là ? ». Ces interrogations en amènent d’autres, créent des décors et des personnages. J’écris donc les grandes lignes de tout cela ainsi que l’une ou l’autre description, l’un ou l’autre morceau de dialogue. Il s’agit vraiment de rendre une vue générale du projet, pas d’entrer dans le détail.

Le chapitrage

Ici, je décris de manière succinte ce qui se produit dans chaque chapitre. Une fois encore, il ne s’agit pas d’entrer dans le détail mais de donner un aperçu de la situation en quelques lignes. Par exemple : « Chapitre 1 François trouve une bourse pleine d’or et décide d’aller à la taverne pour fêter ça. » « Chapitre 2 Des brigands surgissent dans la taverne quand François est déjà à moitié ivre. » et ainsi de suite jusqu’au chapitre final. Il s’agit de l’étape la plus difficile car je dois me contraindre à m’y tenir malgré le manque de matière à ce stade et mon envie de commencer l’histoire avec ce que je sais déjà. Néanmoins, la mener à bien est indispensable ; car outre le risque de réécriture importante, il y a aussi celui de me retrouver avec un récit bien trop court, ayant une tendance naturelle (et bien handicapante quant au sujet qui nous concerne) à synthétiser. Le chapitrage permet d’avoir une vue d’ensemble de l’histoire et de bien réfléchir à comment l’orienter sans sauter trop vite à la conclusion.

L’écriture

Une fois que le chapitrage est posé et que je sais où je vais, il n’y a plus qu’à écrire ! Cette méthode n’empêche pas forcément la spontanéité puisqu’il arrive que d’autres idées me viennent en cours de route. Dans ce cas, pas de problème ! Le chapitrage n’est pas gravé dans la roche, il suffit juste de changer quelques lignes  ici ou là pour l’adapter à la nouveauté.

Les corrections (mise à jour du 06/09)

Une fois le tapuscrit terminé, je le laisse reposer pendant un mois avant de commencer à le corriger. Le délai sert à m’aérer l’esprit pour éviter l’overdose et le manque de vigilance si je commençais les corrections directement.
Même si je suis tenté de le faire, j’évite d’en relire des extraits en cours d’écriture. C’est sympa pour se tripoter le nombril (et parfois ça ne fait pas de mal, hein) mais mieux vaut garder un oeil aussi neuf que possible pour traquer les problèmes quand tout est fini. Et ce sera largement plus sympa de tout relire d’un coup ou presque plutôt que par petits bouts.
Cela fait, j’envoie le texte à un premier lecteur de confiance qui va relever toutes les fautes que j’ai pu laisser passer et me le rendre. Je m’y remets donc encore une fois. Je l’envoie ensuite à un second lecteur, corrige ce qu’il a pu relever à son tour et attends une semaine avant l’ultime relecture et la préparation de l’envoi aux éditeurs qui en découle.

Voilà donc ma méthode. Elle permet à la fois de ne pas être à l’étroit à cause d’une structure trop rigide et de ne pas se lancer dans l’inconnu avec les désagréments que cela peut amener. Encore une fois, il ne s’agit pas de la technique miracle qui fonctionne à coup sûr, juste de ce qui marche pour moi. Si vous voulez vous en servir en partie ou totalement, ne vous gênez pas !  Et si vous aussi vous voulez partager votre manière de faire, n’hésitez pas !

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Posted on juillet 4, 2014, in Actualité and tagged , , , , . Bookmark the permalink. 7 commentaires.

  1. Pour ma part, je pense qu’il faut laisser reposer le texte plusieurs semaines – au moins un mois, en fait. On bénéficie alors d’un vrai recul et on a moins cette sensation de « pfff, faut tout relire maintenant ».
    Sinon, je procède de façon différente : j’ai l’idée de départ, quelques éléments du récit, je sais, même vaguement, comment ça va se terminer et je laisse l’histoire se raconter. Je réfléchis en chemin aux différentes options qui s’offrent à moi, je choisis et mes personnages continuent leur route…

    • Disons que comme j’écris « sans me retourner », je n’ai pas cette impression de lassitude au moment de passer à la relecture. Et puis, pour le recul, il n’est jamais suffisant puisqu’on laisse passer des erreurs 😉
      Tu gardes beaucoup en mémoire là où j’ai plus tendance à coucher les infos sur le papier. Notre méthode ne diffère pas tant que ça 🙂

      • Le recul n’est en effet jamais suffisant : des mois plus tard, j’ai encore envie d’effectuer des changements. Cela dit, je persiste : pour avoir expérimenté les deux (laisser reposer le texte longtemps >< un peu) (et j'écris aussi sans me relire), il est plus facile et utile de relire un texte après plusieurs semaines. Les passages qui nécessitent un retravail saute aux yeux, ceux devant être supprimés également.

        Je vais beaucoup moins dans le détail que toi : pas de chapitrage, simplement quelques idées qui parfois changent avec l'avancée du récit. Pour mon roman actuel, j'ai écrit le début, je sais plus ou moins comment ça va se terminer, mais je n'ai aucune idée du parcours pour y arriver. Je verrai bien… 😉

  2. Ca me fait plaisir de lire les précédents commentaires ! Tout comme toi Olivia, je suis plutôt « jardinière » dans l’âme. j’ai toujours les grandes lignes de mes récits, je sais vers quoi je vais mais l’histoire se déroule toute seule au fil de mon écriture… j’avais peur d’être un peu la seule à procéder comme cela mais je me rends compte que non ! Néanmoins, maintenant, j’arrive à faire un plan avant d’entamer chaque chapitre, pour savoir exactement ce que je vais mettre dedans… Bon courage à tous les 2 en tout cas ! 😉

    • Peur ? Mais pourquoi ? Je ne me suis jamais préoccupée de savoir comment les autres écrivent, en fait. Et je suis certaine que nombreux sont ceux qui se laissent porter par leur plume.
      Je n’ai entendu parler de ces deux méthodes que récemment (c’était en 2011, sur l’ancien blog de TomB d’ailleurs ^_^ : http://oliviabillingtonofficial.wordpress.com/2011/06/27/de-la-theorie-de-lecriture/ ).
      Si ma manière de travailler a évolué au fil des années (j’écris maintenant de façon chronologique et plus des scènes plic ploc + je ne travaille plus par strates, tout est maintenant dans le premier jet), j’ai tout de même gardé cette approche : me laisser surprendre par le récit, décider de certaines étapes au fur et à mesure.

    • Eh oui, ce qui compte c’est d’avoir une méthode qui fonctionne pour soi, il n’y a pas de règles en la matière 🙂 Bonne continuation !

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