Alea jacta est

Trois ans est un délai trop long pour écrire un roman. Au-delà d’une année, avancer dans l’histoire devient laborieux, on n’a plus envie de s’y mettre tant on a l’impression de faire du surplace et on désespère parce qu’on a plus que jamais le sentiment qu’on n’en verra pas le bout. Que faire, alors ? Mettre le tapuscrit de côté et en commencer un autre est une solution. On se ment plus ou moins en se disant qu’on y reviendra un jour, qu’on veut juste s’essayer à quelque chose d’autre et que, cette fois, la rédaction ira plus vite. Ça peut marcher, sans doute, même si ça n’a pas été le cas pour moi.
Après avoir entamé une histoire de fantasy en mars 2011, j’ai perdu pas mal de temps en chemin jusqu’à en arriver à un point où j’étais content quand j’avançais de deux paragraphes en une journée. C’est alors que, poussé par mon intérêt croissant pour l’horreur en littérature, j’ai cédé à l’appel du neuf et me suis lancé dans une histoire de ce genre.
Au début, tout allait bien. Les phrases s’enchaînaient, les idées ne manquaient pas. Ha ! Comme c’était agréable de taper sans avoir à se soucier constamment d’éviter le langage anachronique ou de veiller au moindre détail afin de garder intacte la cohésion d’un univers entier !
Toutefois, je réalisai peu à peu que si le contemporain avait ses avantages, il ne manquait pas non plus d’inconvénients : scènes de la vie courante trop banales, personnages plus difficiles à rendre intéressants et, surtout, l’élément horrifique et les deux grandes questions qu’il soulevait ; questions devant lesquelles je me trouvais démuni par manque d’expérience.
La première concernait le dosage. Il valait mieux que le monstre n’apparaisse pas dès les premières pages, ça je le savais, que le lecteur puisse tranquillement s’installer, retrouver ses marques dans un univers qui lui était familier avant de le confronter au surnaturel. Mais ensuite, comment faire monter la tension, jouer avec ses nerfs en maintenant son intérêt intact ?
La seconde était de savoir comment susciter une émotion. En d’autres termes, comment se débrouiller pour inspirer le malaise, le dégoût, la peur, sans, bien sûr, sombrer dans la facilité du gore ?
Mon ignorance m’avait conduit dans une impasse et je recommençais à perdre mon temps, ce qui m’horripilait souverainement. Comme je ne voulais pas commencer à avaler des bibliothèques de romans d’horreur jusqu’à la nausée en mettant l’écriture en pause, la seule chose à faire était d’en revenir à la fantasy et à mon Chemin de cendre, le bouquin que j’avais mis de côté.
Sans grande surprise, cela ne fut pas une mince affaire. Heureusement, ce retour coïncida avec mon déclic, ma réelle prise de conscience de ce que cela implique d’être un écrivain professionnel ou d’aspirer à le devenir.
Ce fut un combat contre moi-même, un combat qui aurait été encore plus difficile à mener sans le soutien discret mais constant que je reçus. La reprise de ce roman fut l’équivalent d’une plongée quotidienne dans une arène de gladiateurs, la véritable (et plus un simulacre) mise en pratique de tout ce que j’avais pu lire ou écrire sur l’écriture vue comme un métier. Je ne dis pas que mille mots sortirent chaque foutu jour, mais ce projet fut le théâtre de ma transformation d’auteur paresseux et vite content en quelqu’un de plus sérieux.
Le temps passa et davantage de nouvelles pages vinrent s’ajouter à celles que j’avais déjà écrites. Je m’étonnais moi-même en franchissant des paliers qui ne l’avaient plus été depuis cette lointaine époque de mon enfance et de mon début d’adolescence, où j’écrivais un roman par an.
Et puis un jour, le 19 février 2014, ce qui était encore impensable quelques mois plus tôt, arriva. J’avais fini mon histoire. Enfin, bon sang de bois, enfin !
En comparaison, la double série de corrections et l’ultime relecture qui suivirent ne furent que des formalités durant lesquelles je me suis plusieurs fois demandé si c’était vrai, vraiment vrai, si j’avais vraiment terminé.
La réponse est oui. Et à ce jour, plusieurs fichiers ont pris la direction de boîtes mail d’éditeurs tandis que les versions papier sont en passe de suivre.
Tout a été revu un certain nombre de fois, ce qui devait être retravaillé l’a été et maintenant… maintenant, ce n’est plus moi le maître, le chef d’orchestre, ce n’est plus à moi de décider. Et cela, c’est à la fois effrayant et grisant, un peu comme de se tenir au bord d’une falaise. Effrayant parce qu’il s’agit d’une masse de doutes, d’émotions. Un gros travail qui pourrait ne jamais intéresser quiconque après avoir tant fantasmé, tant espéré. Grisant, car il est peut-être question d’un premier pas concret, de la première étape d’une carrière dont le rêve ne me quitte jamais vraiment, jour et nuit, depuis bien des années.
L’avenir nous le dira. Alea jacta est !

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Posted on avril 26, 2014, in Actualité and tagged , , , , . Bookmark the permalink. 9 commentaires.

  1. Je crois que j’attends avec autant d’impatience que toi, si pas plus, les retours des éditeurs…
    N’oublie pas qu’il n’y a pas que le talent (tu le possèdes) qui entre en ligne de compte : le facteur chance aussi a son mot à dire.

    • C’est drôle, j’ai la même impression en ce qui concerne tes propres romans.
      Merci pour le talent 🙂 Et je sais, oui, mais je ne préfère pas trop réfléchir à tout ça.

  2. J’ose à peine imaginer la libération que cela doit représenter après tout ce temps… Malheureusement Olivia a raison, le talent ne suffit pas, aussi je croise les doigts pour toi ! Par curiosité, quelle longueur fait « Chemin de cendre » (en nombre de mots) ?

    • Oui, il m’a fallu un peu de temps pour réaliser que tout était fini, qu’il n’y aurait pas une journée de plus où j’ouvrirais le fichier pour continuer l’histoire. Merci de ton soutien, le texte fait 70.676 mots 🙂

  3. Ultime instant

    Que la chance te sourit, puisqu’en effet, c’est bien de cela dont il s’agit.
    Aujourd’hui ou demain. J’y crois.

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