Donc, vous voulez devenir écrivain(e)

Selon un écrivain américain dont j’ignorais l’existence jusqu’à il y a peu, appelons-le Jeff Goins, puisque c’est son nom, beaucoup de prétendus écrivains échouent à construire une carrière parce qu’ils n’écrivent jamais un mot. Ils parlent d’écriture, pensent écriture, écrivent et lisent à propos d’écriture mais ils n’écrivent pas. J’en connais. En fait, j’étais encore l’un d’eux, dans une certaine mesure, il n’y a pas si longtemps. « Mais c’est faux, voyons ! Tu écris, tu as déjà publié des trucs ! » vous offusquerez-vous peut-être. C’est pour ça que je précise « dans une certaine mesure ». Oui, je connaissais le boulot, je savais que c’était difficile, qu’il fallait s’accrocher, que les chances de réussite étaient minces et ainsi de suite, soit tout ce dont la plupart des gens sont au fait sans forcément pratiquer. Ça revient à dire que courir un cent mètres en moins de vingt secondes demande beaucoup d’entraînement ou que pour devenir médecin, il faut faire de longues études. Soit des connaissances générales, qui restent en surface. Seuls ceux qui le vivent au quotidien sont vraiment capables de réaliser ce que cela implique. Et encore. Et c’est là-dessus que je veux attirer votre attention, vous qui me lisez et qui rêvez de devenir écrivain(e) à plein temps. Car si vous en saurez plus que la moyenne sur l’art de courir un cent mètres ou le fait de devenir médecin si vous êtes un sportif amateur ou un étudiant peu impliqué, vous serez à peine quelques brasses sous la surface. Plus bas encore, vous trouverez ceux qui savent vraiment ; les Usain Bolt et Leonard McCoy, soit ceux que tout un chacun reconnaît volontiers comme des professionnels en leur domaine. Et devinez quoi ? C’est pareil pour l’écriture. Car de quoi a-t-on besoin essentiellement pour écrire et publier ? Selon moi, talent et travail. Pour faire court, je pense que le talent est inné et que, quelle qu’en soit la quantité dont on dispose au départ, d’infime à énorme, il peut (doit) se travailler afin de pouvoir se développer. Quant au travail, c’est une notion que beaucoup de jeunes écrivains prennent à la légère, genre « ouais, je sais, faut travailler dur pour être reconnu ». Mais rien de plus. Ce ne sont que des mots, du vent ; et on rejoint là ce que raconte l’ami Jeff : on sait tout ce qu’il y a à savoir sur le métier et peut-être même qu’on écrit quelques lignes par ci, par là, qu’on publie un texte de temps en temps, mais ça ne va pas plus loin.
Si vous rêvez de devenir un(e) écrivain(e) professionnel(le), vous devriez commencer par prendre ce mot « travail » au sérieux. Ce que ça veut dire ? Eh bien mon brave ou ma chère, ça veut dire qu’il faut bosser ! Et bosser dur, chaque jour. Il faut s’asseoir devant son traitement de texte et travailler. Oui, travailler. L’écriture fictionnelle peut être un hobby, mais, en ce qui nous concerne, c’est un métier. Et un métier implique de travailler. Écrire est une joie, un plaisir. Mais ce n’est pas toujours facile, on n’a pas toujours l’envie ou l’inspiration. Et c’est là toute la différence entre un amateur qui a toutes les chances de le rester et un professionnel. Le pro s’y collera même s’il est en petite forme, il n’attendra pas que l’inspiration arrive sur son cheval ailé et lui donne les bons mots, il les forcera à se montrer en relisant sa dernière page puis en se demandant « qu’est-ce qui arrive ensuite ? » avant de l’écrire.
Vous trouvez ça rébarbatif ? C’est que vous devez être comme je l’étais encore il y a peu et comme le sont des milliers d’autres jeunes auteurs. Vous croyez plus ou moins inconsciemment que, comme l’écriture est un plaisir, elle se marie mal avec la contrainte. Que si vous n’écrivez pas aujourd’hui, vous écrirez demain, que vous n’avez pas écrit les mille mots journaliers que vous vous étiez fixés mais que vous êtes quand même content(e) d’en avoir écrit deux ou trois cents parce que vous vous êtes laissé(e) distraire par internet et ses attraits. Je dis d’accord. Je ne vous jette pas la pierre. Comme je l’ai annoncé, c’était pareil pour moi. Vous avez peut-être simplement visé un peu haut en proclamant que vous seriez écrivain. Et ce n’est pas grave ! Après tout, vous êtes heureux(se) comme ça et c’est bien l’essentiel, non ? Vous avez bien le temps de publier votre livre, rien ne presse.
Non ? Quoi ? Ça vous irrite, ce que je dis ? C’est une bonne chose ! Vous commencez à comprendre que l’envie de s’y mettre (n’entre pas) et l’inspiration (entre peu) en ligne de compte avec l’écriture à but professionnel. Eh oui, c’est un travail, souvenez-vous. Peut-être le meilleur et le plus fun qui soit, mais un travail quand même, avec ses bons et ses mauvais côtés. Si vous espérez l’exercer un jour à plein temps, fixez-vous un quota et tâchez de l’atteindre, internet et/ou vos autres distractions seront toujours là à votre retour. Maintenez-vous dans cette logique d’autodiscipline et vous découvrirez peu à peu qu’il vous sera de plus en plus facile de rédiger le nombre de mots que vous avez décidé ; vous n’aurez plus, alors, qu’à monter la barre d’un cran… mais faites-le, bon sang ! Il n’y a pas d’autre solution si vous comptez vraiment envisager cette profession avec tout le sérieux requis, comme c’est le cas pour n’importe quelle autre. Et si vous y parvenez, quand vous entendrez encore quelqu’un dire que « écrire, ce n’est pas travailler », vous pourrez passer sereinement votre chemin parce que vous, vous saurez.

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Posted on janvier 24, 2014, in Actualité and tagged , , , . Bookmark the permalink. 12 commentaires.

  1. Que dire que je ne t’ai pas encore dit ? Simplement que je serai là pour t’encourager à garder cette discipline.

  2. Tout à fait d’accord avec toi, Tom (encore ! décidément !). Il y a deux ans que j’ai acquis l’état d’esprit que tu décris là, et depuis, quand je travaille sur un roman, je *travaille sur un roman*. Cinq ou six jours par semaine, toute la journée, jusqu’à avoir atteint voire dépassé mon quota assigné. Et c’est quand on en arrive là qu’on a enfin le sentiment de penser comme un pro, ce qui à mon sens est un premier pas très important, ne serait-ce qu’en termes de confiance en soi. Bravo à nous !

  3. Deux ans déjà ? Fichtre ! Et oui, depuis que j’ai commencé à voir les choses sous cet angle, je me sens plus détendu par rapport aux critiques des profanes, là où j’avais tendance à monter au créneau. Maintenant, je sais ce que je dois faire ainsi que ce que ça implique comme investissement, et je le fais, le reste est secondaire. Alors oui, bravo à nous !

  4. Ouais : si j’en crois mes prof (je suis universitaire), un max d’auteurs bossaient pour vivre. La liste de leur noms tiendrait ds pages et des pages. Je pense pas qu’ils écrivaient toute la journée. Ça change pas qu’ils sont de grands auteurs classiques. A vous lire on dirait que ce qu’il faut c’est du temps et de la motivation. A ce tarif là, il faut aussi quelqu’un pour payer les factures. Non ?
    Donc déjà la recette n’est pas complète. Si on arrête de dire ce que tout le monde sait comme il faut écrire pour écrire et s’exercer pour réussir, c’est quoi la bonne méthode.

    • J’ai choisi de n’évoquer que l’aspect « écriture » parce que chacun sait bien que rares sont ceux qui peuvent se permettre d’écrire toute la journée et que les factures ne se payent pas toutes seules 😉 Pour le reste, je maintiens ce que j’ai dit, la seule façon de réussir en tant qu’écrivain, à mon sens, c’est de prendre cette activité au sérieux et de travailler dur aussi souvent que possible. Si on excepte le talent, je suis convaincu que c’est ce qui fait la différence entre un amateur qui écrit de temps en temps et espère devenir un pro un jour et un amateur qui veut devenir un pro. Ma propre recette peut se résumer comme suit : avoir du talent (même une once suffit !), travailler dur, s’imprégner d’autres univers (par la lecture, notamment) et ne jamais abandonner. C’est sans doute similaire à ce qu’on lit un peu partout mais il n’y a pas de formule magique (que je sache).

      • C’est donc pas pour tous ceux qui ont du talent, seulement pour les rescapés du burnout, ceux qui sont pleins au as, qui ont un job pépère et bien payé ou qui se font entretenir par papa et maman et/ou un(e) petit(e) ami(e).
        Dommage, j’attendais un scoop.
        Je sais toujours pas comment on fait tous ces grands écrivains, vu qu’il est impossible de travailler 8 à 10 heures dehors et bien longtemps chez soi sans y laisser sa peau.
        C’est vrai, c’est similaire a ce qu’on lit partout, et il n’y a pas de formule magique. C’est pas ce que je demandais. Je voulais juste une recette, des ficelles.
        Mais peut-être que ça n’existe pas et qu’il n’y a rien a dire sur la question.

        • Détrompez-vous, il existe de nombreux exemples d’écrivains qui ont réussi alors qu’ils vivaient souvent au seuil de la pauvreté et je ne doute pas que ce soit aussi le cas parmi ces grands auteurs classiques dont vous parlez. L’exemple que je connais le mieux est celui de Stephen King, qui raconte dans son excellent livre « Écriture, mémoires d’un métier », qu’il a d’abord vécu avec sa famille dans une caravane puis dans un petit appartement avant de connaître son premier succès ; et cela, en devant cumuler deux emplois à l’extérieur. Si vous aimez vraiment écrire et que vous espérez en faire votre métier un jour, vous devez trouver du temps pour vous asseoir devant votre traitement de texte, même si ce n’est qu’une heure par jour. Ce qui compte, c’est de le faire.
          Je ne suis pas sûr de bien vous suivre. Vous voulez savoir comment avoir du succès ou vous cherchez une méthode pour apprendre à écrire ?

  5. Je pensais à des auteurs type Kafka et bien d’autres, mais oui S.King aussi, par son parcours de vie. L’idée est que la plupart sont bien obliges de faire face et de trouver un boulot qui prend beaucoup de temps et qui n’est pas ce qui leur plait. Situation de plus épuisantes, physiquement mais surtout au niveau de l’énergie. Non ?
    C’est pourquoi les 1000 mots annoncés et l’allusion à « éteindre internet et s’éloigner de ses attraits » me semble un peu rude. 1000 mots, ça fait quoi ? 2 pages ? Ben 2 pages inspirées quand on s’est payé 8 à 10 h de galère (on est loin des attraits d’internet et c’est plus dur de ce couper d’un job qui aide à manger), c’est hyper balaise et très désespérant.
    Sinon, bien sûr. Je suis d’accord avec l’idée du quota et de la régularité.
    Pour ce que je veux savoir, en fait, c’est les deux. Un tutorat pour apprendre à écrire ? Il y en a, mais beaucoup restent en surface. Un point de vue réfléchi serait le bienvenu. Un autre pour avoir du succès, bien sur que oui. Apprendre a écrire en ayant du succès c’est encore mieux parce qu’il y a des choses à prendre en compte en écrivant. Non ?
    C’est peut-être une idée pour ajouter une rubrique à ce blog.

    • J’en conviens tout à fait et ceux qui parviennent à percer en ayant moins de temps libre ont d’autant plus de mérite. Lorsque je parlais de 1000 mots, ce n’était qu’un exemple repris de mon propre quota. Si vous êtes plus à l’aise avec 500, faites 500, 300, 250 ou ce que vous voulez ! L’important c’est d’être aussi assidu que possible. D’une part parce que vous serez content de vous ; quel que soit votre rythme, vous avancerez. D’autre part, ça évitera à la machine de rouiller, ce qu’elle fait très vite.
      Apprendre à écrire ? Vaste sujet ! Le truc, c’est que ça dépend de chaque individu, de son parcours et de ses acquis. Du coup, il est normal que vous trouviez que beaucoup de « conseilleurs » restent en surface puisque les attentes varient d’une personne à l’autre. L’idéal serait sans doute un suivi personnalisé de A à Z pour chaque apprenti auteur. Mais ce n’est pas quelque chose qui existe, que je sache, parce que chaque écrivain a sa méthode de travail qui ne fonctionnerait pas forcément pour son étudiant. Toutefois, à force de glaner des astuces ici et là sur internet ou dans des manuels, on peut finir par posséder une base suffisante pour se lancer. Et à partir de là… ne cesser de s’améliorer au fil du temps. Ce qui est résumé par le célèbre : « La meilleure façon d’apprendre à écrire, c’est d’écrire. » en y ajoutant que lire permet aussi de s’instruire et de s’inspirer, souvent inconsciemment.
      Quant à avoir du succès, je crois que c’est surtout une question d’air du temps et de marketing, soit des facteurs sur lesquels nous ne sommes pas mesure d’influer, ou si peu. Quoi qu’il en soit, éviter les clichés et essayer d’écrire sur quelque chose de relativement neuf me paraît un bon début ; et encore ! Certains romans ont été portés aux nues malgré le fait qu’ils comportaient ce genre de défauts. Cela signifie-t-il qu’il faille les imiter pour tenter de profiter du filon ? Certains le font. Pour ma part, j’ai tendance à penser qu’écrire en gardant en tête qu’il faut rester « dans la lignée de… » bride l’imagination et le plaisir qu’on peut prendre à cette activité. Quitte à chercher le succès à tout prix, autant s’essayer à quelque chose qui demandera moins de temps. Non, il faut avant tout raconter ce qui nous plaît ; ça nous aidera à tenir le coup dans ce long voyage que représente l’écriture d’un roman. Et si le succès doit en découler, le mérite sera encore plus grand, parce qu’il s’agira d’une création qui nous sera propre.
      La rubrique « trucs et astuces » sert à accueillir l’un ou l’autre conseil ou observation qui sont le reflet de mon parcours dans le métier. Ahem, j’avoue qu’elle n’est pas encore très étoffée, voire carrément vide, et ceci pour quatre raisons. La première, c’est que je ne souhaite pas me répéter par rapport à ce qu’ai déjà pu raconter sur mon blog précédent. La seconde, c’est qu’écrire un billet me demande du temps, un temps que, je l’avoue bien volontiers, je préfère employer à avancer dans mes projets (même si je remercie mes quelques lecteurs fidèles ou de passage pour leur intérêt, malgré les mises à jour erratiques !). La troisième, c’est que je n’ai pas toujours l’inspiration pour un billet de ce genre, eh oui, tout bêtement. La dernière, enfin, c’est parce que ce blog n’a pas pour vocation d’aider les débutants. Attention, je ne dis pas que je n’apprécie pas de partager ce que je sais quand l’occasion se présente, mais j’ai encore moi-même beaucoup à apprendre et mes preuves à faire avant de m’estimer en mesure de jouer au professeur 🙂

  6. Il faut avoir une certaine organisation. Moi, j’ai pleins d’écris qui sont commencés et pas moyen de les terminer. Je galère, pourtant ils sont déjà tous bien entammés.

    • Oui, quelle que soit la manière dont on s’y prend, écrire tous les jours, si possible, me paraît indispensable. Il faut donc se fixer un quota à hauteur de ce qu’on se sent capable de faire. Et à partir de là, écrire le plus vite possible sans relâcher la pression, sous peine de commencer à douter, perdre l’envie, la motivation et se retrouver avec des projets inachevés sur les bras.

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